Des enfants de 4 ans qui ne parlent pas français à la maison ou qui arrivent de l’étranger, c’est le défi auquel est régulièrement confronté Samuel Moreau, enseignant et maître formateur en REP+ à l’école Molière d’Alençon (61). Avec conviction, il a proposé à l’équipe éducative d'utiliser la webradio et les podcasts pour faire travailler les compétences langagières de ces enfants. Si les premiers mots au micro peuvent être hésitants, on sent rapidement une envie de s’exprimer et de se faire entendre. « Radio Molière, une radio super. Radio Molière une radio d’enfer ! » Récit d’un projet d'école qui ne va pas en rester là.
- Semaine des langues, 14 min 38 s, émission de l'école Molière, 2022. En ligne sur pod.ac-normandie.fr.
- À la découverte de la webradio scolaire, parcours de formation pour tout savoir sur la webradio et les podcasts, Réseau Canopé.
- Réseau Canopé, Maintenir l’engagement des élèves grâce à des podcasts, 3 min 25 s, 2021. En ligne sur Canotech.
La transcription de cet épisode est disponible après les crédits.
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Extra classe, des podcasts produits par Réseau Canopé.
Émission préparée et réalisée par : Romain Vasnier
Directrice de publication : Marie-Caroline Missir
Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance
Mixage : Myriam Naciri
Secrétariat de rédaction : Magali Devance
Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr
© Réseau Canopé, 2022
Transcription :
Je m’appelle Samuel Moreau. Je suis professeur des écoles ici, à l’école Molière, à Alençon, et je suis aussi maître formateur à l’Inspé d’Alençon.
Tout d’abord, le contexte et comment, moi, j’ai découvert la radio… J’ai participé à un webdocumentaire « Raconte ta ville », soutenu par [Réseau] Canopé. Lors de ce webdocumentaire, on nous a proposé de réaliser une émission de radio. Et donc, j’ai découvert le média à ce moment-là. Et j’ai vu ce que cela donnait ou ce que cela provoquait chez les enfants. Et donc, j’ai eu envie, moi, de le faire dans ma classe, avec mes élèves, mais des élèves assez particuliers parce qu’ils n’ont que 4 ans, ils sont en moyenne section. Et des enfants « particuliers » puisque nous sommes en zone prioritaire, en REP+, avec des soucis de langage. Des soucis de langage parce qu’ils sont allophones, parce qu’ils ne parlent pas bien français. Ils sont issus de communautés et dans ces communautés-là, on ne parle pas le français. Et donc, j’ai l’exemple d’une petite qui est très centrée sur elle ou [uniquement] sur des enfants de la même culture qu’elle, et le média webradio lui a permis vraiment de s’exprimer. Alors ça lui a plu, je pense que c’est le côté ludique, le côté micro, le fait aussi qu’on entende sa voix. Je pense que ça, ça a provoqué quelque chose puisque la première fois qu’elle s’est vraiment exprimée, elle a juste dit un « Bonjour », mais j’ai découvert sa voix avec la langue française. Elle a dit bonjour avec un sourire énorme et ça a déclenché chez elle, après, une participation assez active dans toutes nos émissions de webradio.
[Générique de Radio Molière dit par les élèves]
« Radio Molière, une radio d’enfer ! Une radio super ! Radio Molière ! »
[Fin de l’extrait]
Pour prendre la parole, nous avons mis en place – alors je dis « nous » parce que c’est un travail d’équipe, avec les enseignants de l’école… On a mis en place ce qu’on appelle « des sacs à voix ». Ce sont des petits ateliers qui nous permettent de travailler l’oral, l’articulation, comment on peut s’exprimer de différentes façons – soit on est en colère, soit on est joyeux… On s’entraîne à le dire avec des stylos dans la bouche… Enfin voilà, il y a ces ateliers-là. D’autres sont aussi très spécifiques à la construction d’une émission de webradio, notamment « le conducteur ». Donc les enfants travaillent avec des flash cards pour savoir ce qu’ils auront à dire. Il y a donc d’abord un travail sur les flash cards avec eux. Et puis ensuite, comme s’ils étaient en train de lire, on place le conducteur et eux, suivent avec le doigt la phrase qu’ils doivent dire et donc, on s’entraîne comme ça ; ils ont deux petits micros, j’ai un petit atelier dans la classe. Donc ça se passe souvent à l’accueil ou en atelier lorsque ce sont des ateliers tournants.
[Extrait de la préparation Radio Molière]
« UN ÉLÈVE : Et après, on montre dans les doigts.
SAMUEL MOREAU : D’accord.
UN AUTRE ÉLÈVE : Et on parle dans le micro.
SAMUEL MOREAU : Ça marche, vous savez, d’accord ? Ça va parler de quoi tout ce qu’on va dire, là ?
LES ÉLÈVES : Des oiseaux.
SAMUEL MOREAU : Des oiseaux, d’accord. Chacun votre tour, d’accord. Et les autres, vous l’écoutez. Par contre, s’il a oublié une carte, qu’est-ce qu’on fait ?
LES ÉLÈVES : On l’aide.
SAMUEL MOREAU : On l’aide. D’accord. Je vous laisse faire. C’est parti !
UNE ÉLÈVE : Bienvenue dans Radio Molière, une radio super ! On va parler des oiseaux. Bonjour, je m’appelle Edwina. On va écouter une devinette, on va écouter une chanson, on va écouter un micro-trottoir. Maîtresse [l’élève s’adresse à l’enseignante stagiaire qui participe au projet], comment on joue à la devinette ? Merci de nous avoir écoutés. »
[Fin de l’extrait]
Alors les sujets sont divers et variés. Il y a des sujets qui sont rythmés par ce que nous propose l’Éducation nationale, c’est-à-dire la Semaine de la lecture, par exemple, la Semaine des langues… Donc ça, ce sont des sujets qui nous intéressent et que l’on peut travailler avec les élèves. Et puis, il y a des sujets qui sont propres à l’école, avec des projets que l’on a envie de mener, donc des projets sur l’année scolaire. Nous, notre projet, c’était sur l’éveil culturel et linguistique. On avait des épisodes tout au long de l’année, où, pendant une semaine, on était dans un bain de langue et de culture, et on choisissait une langue. Donc on a fait de l’anglais, de l’arabe, du chinois, et puis la dernière langue, c’était… du créole, on a parlé créole.
[Extrait de Radio Molière]
« ÉLÈVE 1 : Il faut dire ‟bonjour” dans trois langues.
ÉLÈVE 2 : Hou la la, c’est dur !
ÉLÈVE 1 : Mais non, tu sais le faire, Fayza. Comment on dit ‟bonjour” en anglais ?
ÉLÈVE 2 : Hello.
ÉLÈVE 1 : Good !
ÉLÈVE 2 : C’est parti ! »
[Fin de l’extrait]
Il y a un côté positif et négatif de la webradio. Le côté négatif, pour les collègues, c’est vraiment la technique. Ils ont très peur de la technique. J’ai beau leur montrer que tout fonctionne très facilement, que les élèves peuvent être autonomes à partir du CP – la technique est entièrement gérée par les élèves de CP, par exemple, donc ils viennent nous aider sur la technique en maternelle, ils gèrent la technique et nous, on est présentateurs.
Heureusement, on arrive à entrer par d’autres biais, et notamment pédagogiques. Et là, vraiment, ils sont vraiment très contents de ce média-là. Parce qu’on a beaucoup parlé de développement du langage, de travailler le langage, mais ça fait aussi travailler l’écrit puisque dès le cycle 2, les élèves écrivent eux-mêmes le conducteur, donc avec des phrases bien spécifiques, des phrases que l’on va aussi pouvoir dire à la radio. On est entre l’écrire et le parler, ou « le parler radio ». Donc là, les collègues s’y retrouvent énormément.
Mais aussi, et c’est ça qui est important avec la radio, c’est l’écoute. Les enfants peuvent s’écouter justement, et surtout en maternelle. C’est-à-dire que lorsqu’on pose une question à des enfants de maternelle, par exemple, et notamment au début de l’année, ils vont tous dire cinq, six, sept ou même huit fois exactement la même chose. Alors qu’avec les émissions qui s’enchaînent, le travail qui est fait autour, eh bien, ils vont apprendre à s’écouter. Et donc, soit enrichir ce qui vient d’être dit, soit dire autre chose, mais ils ne répètent plus. Donc là, on est vraiment dans l’écoute.
La suite, ça va être de faire des émissions en direct, mais en dehors de l’école. Donc l’année prochaine, on a pour projet de choisir des lieux culturels d’Alençon et d’aller faire nos émissions en direct sur les lieux culturels d’Alençon. Donc, leur voix a dépassé le quartier. Maintenant, on aimerait bien que le physique, avec leur voix, dépasse le quartier.
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