Quitter la maison et ses parents pour rentrer en classe est un moment fort en émotions pour un jeune enfant qui fait ses premiers pas à l'école. Pour accompagner cette rupture, Clémentine Minatchy, professeure des écoles en petite section de maternelle, a mis en place ses propres outils comme « l'instant piouc-piouc » lors de l’accueil. Dans cet épisode, elle explique en quoi consiste ce rituel matinal et comment il implique les parents. Pour cette enseignante inspirée, ce travail sur la sécurité affective est une condition essentielle pour bien rentrer dans les apprentissages.


La transcription de cet épisode est disponible après les crédits.

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Extra classe, des podcasts produits par Réseau Canopé.

Émission préparée et réalisée par : Louis Compoint

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance

Mixage : Myriam Naciri

Secrétariat de rédaction : Magali Devance

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr

© Réseau Canopé, 2022


Transcription :

Je m’appelle Clémentine Minatchy et je suis professeure des écoles dans une classe de petite section de maternelle à l’école Leconte-de-Lisle à Saint-André [974], une commune de la côte Est de La Réunion. Et j’accueille avec mon Atsem des enfants qui ont entre 3 et 4 ans et dont c’est la première année de scolarisation.

Il y a une thématique en particulier qui me tient à cœur, surtout en maternelle, c’est celle de la sécurité affective.

[Extrait 1 d’un début de journée : l’arrivée à l’école, la maîtresse salue les enfants et les parents, bruits de bisous]

Alors, l’entrée à l’école maternelle pour un enfant de 3 ans, c’est vraiment une étape importante dans son développement et dans sa petite vie d’enfant. Il va quitter, justement, la sphère familiale pour entrer à l’école. C’est un vrai chamboulement dans sa petite tête, dans son petit cœur. On va prendre le temps, justement, au moment de l’accueil, d’accorder beaucoup de temps aux enfants, aux parents, pour les rassurer et faire en sorte que ça se passe le mieux possible à l’école.

[Extrait 2 d’un début de journée : accueil d’une élève de maternelle]

« CLÉMENTINE MINATCHY : Bonjour. Aujourd’hui, c’est qui qui te dépose ma chérie ?

L’ÉLÈVE : C’est papi.

CLÉMENTINE MINATCHY : C’est papi ! Papi, vous venez faire le câlin avec elle dans le cœur. C’est pour faire le câlin, pour dire « bonne journée ». Tu fais un câlin à papi ?

PAPI DE L’ÉLÈVE : Un petit bisou [bruit de bisou]. À ce soir ! Merci, bonne journée !

CLÉMENTINE MINATCHY : Bonne journée ! »

[Fin de l’extrait]

L’instant « piouc-piouc », c’est un outil que j’ai également construit avec les parents pour que les parents aient vraiment le temps et prennent le temps de dire au revoir, de câliner leur enfant. Parce que souvent, ils le font un peu… Ils sont un peu gênés ou bien ils sont pressés. Et donc on a imaginé cet outil avec les parents. Donc, il s’agit d’un gros cœur peint devant l’entrée de la classe, qu’on a appelé le « piouc-piouc », et dans lequel les parents, en fait, et les enfants sautent le matin pour se câliner, se dire au revoir. Les parents disent des mots doux aux enfants. Ils encouragent les enfants. Et cet outil, en fait, contribue énormément au sentiment de bien-être à l’école, de plaisir parce que c’est ludique. Et on a remarqué un gros changement. Les pleurs se sont transformés en rires, en sourires et, tout simplement, en plaisir de venir à l’école.

Ce n’est pas toujours simple pour certains parents de savoir aborder cette question des émotions. Même si le travail sur les émotions commence à la maison, ce n’est pas toujours simple pour certains parents. J’ai eu le cas de parents qui ne savaient pas du tout comment faire pour parler des émotions ou encourager ou travailler la confiance en soi avec leurs enfants. Je me souviens d’une maman, un matin, qui est arrivée et qui était toute gênée et qui me dit : « Madame Minatchy, ou gagne aide a moin, mi connais pas comment faut fait pou que mon zenfant i croit en li [traduction : Madame Minatchy, vous pouvez m'aider, je ne sais pas comment faire pour que mon enfant croit en lui]. » Alors bien sûr que j’étais ravie que cette maman vienne vers moi. Et j’ai donc cherché des outils et aussi des petits exercices à réaliser à la maison, tout simples, pour travailler et consolider la confiance en soi à la maison. Parce que forcément, si elle est consolidée et renforcée à la maison, elle le sera tout autant à l’école. Donc c’est un lien fort entre les familles et l’école.

[Extrait 3 d’un début de journée]

« CLÉMENTINE MINATCHY : Allez, on va commencer la journée. Vous êtes prêts, on y va. [En chœur avec les élèves] "Toc toc toc Monsieur Pouce, es-tu là ? Toc toc toc Monsieur Pouce, es-tu là ?" "Chuuuuut. Je dors." "Toc toc toc Monsieur Pouce, es-tu là ?" "Non, je ne sors pas." "Toc toc toc Monsieur Pouce, es-tu là ?" "Et hop, je sors !" »

[Fin de l’extrait]

En début d’année, pour justement travailler le thème de la séparation parents-enfant, nous avons travaillé sur un album qui s’appelle Le Bisou secret d’Audrey Penn. Donc, c’est une histoire très touchante d’un petit raton laveur et de sa maman. Et ce petit raton laveur, il va entrer à l’école pour la première fois et il n’a pas envie de se séparer de sa maman. Du coup, sa maman va prendre sa petite main, elle va y déposer un bisou doux et secret, et elle va lui dire : « Ne t’inquiète pas, à chaque fois que tu te sentiras triste et que tu auras besoin de moi, il te suffira de porter ta petite main sur ta joue et tu entendras maman te dire "je t’aime". » Donc, à partir de cette histoire, on a pensé un outil avec les parents. Et ils ont préparé cet outil à la maison. Il s’agit de la trace de la main de l’enfant dessinée sur du carton, et, dans cette petite main, l’enfant a collé la photo de maman. Donc les enfants, quand ils arrivaient, qu’ils avaient du chagrin et qu’ils avaient du mal à se séparer de maman le matin, ils pouvaient aller prendre la petite main avec la photo de maman pour se consoler. Donc, il y en avait qui s’isolaient, justement, sur le petit matelas avec la petite main qu’ils collaient contre la joue, contre l’oreille ; d’autres qui prenaient la petite main tout simplement pour faire un bisou en arrivant le matin, même s’ils n’avaient pas de chagrin. Et puis, au moment de la sieste, ça nous est arrivé qu’il y ait un même plusieurs enfants qui récupèrent la petite main avec la photo de maman pour dormir avec la main, contre le cœur ou contre la joue, pour se consoler, faire une bonne sieste, rêver de maman peut-être ?

[Extrait d’une chanson chantée avec les élèves]

Le plaisir et le bonheur de venir à l’école, pour moi, c’est la base d’un début de scolarité réussie. Transformer les pleurs des enfants en rires, voir les enfants heureux d’entrer en classe, c’est déjà un bon début pour rentrer dans les apprentissages et s’épanouir à l’école.