"Après leur départ, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : «Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr.» Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode, pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : D’Égypte, j’ai appelé mon fils."
(Mt 2, 13-15)*

 
La revue Le Monde de la Bible consacre un dossier aux coptes : "Les coptes - Histoire des chrétiens d'Égypte" : l'occasion de se pencher sur l’une des originalités de ce christianisme : leur interprétation de la fuite de la Sainte Famille en Égypte. Au fil des siècles, ce récit a imprégné la mémoire et l’identité des coptes. Entre légendes et traditions, c’est toute une géographie des pérégrinations de la Sainte Famille qui s’est développée : plus de 40 lieux sont ainsi devenus des lieux de pèlerinage en Égypte.

"Au fond, l'Égypte est une autre terre sainte à côté de la Palestine : elle a été visitée dès les premiers temps par Jésus et sa famille"

 

 

L'Égypte, une autre terre sainte
D'un point de vue historique, le récit de Matthieu sur la fuite en Égypte est invérifiable. "Pour les coptes, les chrétiens d'Égypte, au contraire, il est de l'ordre de la réalité, de la mémoire vécue, de l'identité même, explique Christian Cannuyer, au fond, l'Égypte est une autre terre sainte à côté de la Palestine : elle a été visitée dès les premiers temps par Jésus et sa famille." 

La tradition égyptienne s'est emparée du récit de la fuite en Égypte. "Et l'a sanctuarisé dans toute l'Égypte." À tel point que l'on compte aujourd'hui une quarantaine de lieux où l'on vénère le passage de la Sainte Famille. Des lieux de pèlerinage qui ont chacun leurs traditions propres, leurs anecdotes, leurs "traditions adjacentes".
 
Un récit enraciné dans la culture copte
"Qu'elle se base ou pas sur un récit vérifiable ou presque vraisemblable", comme l'explique Benoît de Sagazan, ce qu'il y a de plus "touchant" dans ce christianisme oriental, "c'est cette réception de la Bible dans des cultures et dans des peuples et comment elle s'enracine et finit par forger à la fois une culture, une identité, et une ferveur".
 
UNE HISTOIRE DE MIGRANTS
La fuite en Égypte a duré trois ans et demi : une période pendant laquelle la Sainte Famille a été poursuivie par les sbires d'Hérode. Si on l'aborde parfois comme un conte, cette histoire n'en est pas moins tragique et douloureuse : c'est un récit d'exil. Et se souvenir de cet aspect-là n'a rien d'anodin à l'heure où l'on parle de crise migratoire en Europe.

"Le récit de Matthieu lie la fuite de la Sainte Famille au massacre des jeunes enfants de Bethléem de moins de deux ans." Ainsi donc, on peut supposer qu'au moment où Joseph et Marie décident de fuir, Jésus avait entre neuf mois et un an et demi, selon les traditions coptes, "qui sont nombreuses", comme le précise Christian Cannuyer.
 
 

Émission en partenariat avec Le Monde de la Bible

 

  • Source : AELF