L’Audio du 6 janvier 2026
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Une explosion en règle
On va donc faire très simple. Vous avez tous vu, lu et entendu ce qui s’est passé au Venezuela ce week-end. On en a parlé hier et BFM en a parlé toute la journée en détail. Si vous ne connaissez pas les différentes tenues que Maduro a porté durant son transfert, par quelle porte il est rentré dans le tribunal new-yorkais où il a été entendu et quel âge a le juge qui l’a interrogé, ainsi que la marque du sonotone de ce même juge, c’est que vous n’avez pas allumé la télé hier et encore moins consulté votre smartphone. Et pour ça, je vous félicite, la détox digitale, c’est parfois une bonne chose. Mais là n’est pas le sujet. Le sujet c’est que Trump a pris des libertés qui pourraient laisser craindre que ça n’est que le début. On parle déjà de la Colombie et de Cuba. Même si Cuba devrait tomber de lui-même depuis qu’ils n’ont plus le pétrole vénézuélien. Et ces craintes de « prises de pouvoir américaines » un peu partout, auraient pu déstabiliser le marché, mais dans un monde réel. Mais comme nous ne sommes pas dans un monde réel, on s’est simplement contenté de voir où est-ce que l’on pourrait faire un maximum de pognon et qui seront les bénéficiaires des méthodes « bordelines » du Président Américain.
Alors que le baril de brut restait étrangement calme, ne grappillant qu’un petit pour cent malgré le séisme politique à Caracas, une véritable fièvre s’emparait du secteur énergétique. Il faut dire que l’on aurait pu penser que le baril exploserait après ça, mais le marché est tellement saturé de pétrole que le sujet est ailleurs. Wall Street a compris que le pétrole vénézuélien n’est plus une menace pour l’offre mondiale — il représente à peine 1 % du gâteau — mais par contre, ils ont aussi compris que le Venezuela est devenu le plus grand chantier de reconstruction de la décennie du côté des infrastructures pétrolières. Dans ce nouveau « Far West » pétrolier, les investisseurs ont immédiatement couronné les rois des services : Schlumberger et Halliburton. Les deux géants ont vu leurs titres s’envoler de 9 %, portés par la promesse de Donald Trump de réinjecter des milliards pour réparer une infrastructure en ruines. Leur force, c’est la technologie et les outils pour remettre les puits en état sans risquer un seul dollar de leur propre capital. Ils sont les architectes indispensables de cette renaissance, payés pour leur expertise quel que soit l’avenir politique du pays.
Juste derrière, les raffineurs du Golfe comme Valero et Marathon Petroleum savourent déjà la nouvelle. Le pétrole vénézuélien est une matière lourde et complexe, une sorte de mélasse que seules leurs usines ultra-perfectionnées savent transformer en or liquide. Pour eux, c’est l’assurance de voir revenir une matière première faite sur mesure pour leurs machines.
Pendant ce temps, chez les producteurs, l’ambiance est plus nuancée. Chevron, qui n’a jamais totalement déserté le terrain, profite de son ancrage historique pour grapiller 5%, s’imposant comme le partenaire naturel du futur régime. À l’inverse, des acteurs comme ConocoPhillips scrutent l’horizon avec prudence : s’ils espèrent enfin toucher les milliards de dollars d’indemnités que l’arbitrage international leur a accordés après les saisies de l’ère Chavez, ils ne sont pas encore prêts à ressortir les foreuses. Le marché a tranché : aujourd’hui, on parie sur ceux qui réparent et ceux qui transforment, bien avant ceux qui prennent le risque de creuser. Alors ne croyez pas que tout le monde a bénéficié de l’effet Maduro, les traders new-yorkais ont quand même fait le tri avant de vendre leurs Nvidia pour racheter des XLE pour jouer l’ensemble du secteur, il n’y aura pas que des vainqueurs à Caracas.
Santa Claus est rentré en Laponie
La bénédiction vénézuélienne selon Trump aura au moins eu le mérite de sauver le Santa Claus Rally. Alors que les décorations de Noël s’apprêtent déjà à rejoindre leurs cartons, le Dow Jones s’est offert un dernier cadeau : un « Santa’s Rally » validé avec une hausse de 1,1 %, laissant un Nasdaq un peu plus essoufflé sur le bord de la route. Derrière ce mouvement haussier, on devine bien sûr l’ombre des événements au Venezuela, l’énergie était le moteur de la hausse d’hier mais pas que. Oui, pas que, parce que les banques sont en folie également. Dans une semaine, la saison des résultats va commencer et il semblerait que le monde de la finance soit hyper-optimiste sur les chiffres qu’ils vont annoncer. Jean Pierre Morgan finit au plus haut de son histoire, tout comme Goldman Sachs qui va rapidement devoir envisager un « split », vu qu’ils sont bientôt à 1’000$.
Pourtant, la photo globale n’est pas sans paradoxes. Dans un élan de contradiction totale, Wall Street a choisi la carte de la confiance absolue, ignorant superbement un secteur manufacturier – notre cher ISM – qui tire pourtant la langue pour le dixième mois consécutif. Mais c’est pas grave, l’important c’est que les USA aient mis la main sur le pétrole de Maduro et qu’ils tiennent la Vice-Présidente en laisse très très courte afin qu’elle fasse ce que Trump veut. Il n’y a donc pas eu de panique, ni même la moindre crainte du côté des marchés, il n’y a qu’à regarder la tronche de la VIX qui reste scotchée sous les 15, le marché reste de marbre. Même pas peur. L’or et l’argent ont continué leur hausse tranquille parce que – quand même – en ces périodes de tensions, il faut quand même trouver des valeurs refuge, mais pour les experts à Wall Street, lorsque l’on prend le pouls du marché, le chaos vénézuélien restera, pour New York, un simple bruit de fond. Un bruit de fond soit, mais un bruit de fond qui n’est quand même pas tombé dans l’oreille d’un sourd, parce que pendant que les financières et les pétrolières s’envolait, on a quand même constaté que l’armement s’était quand même fait plaisir durant la séance.
Que ce soit en Europe ou aux USA, on a très rapidement compris que Trump avait décidé d’accélérer le processus pour rendre l’Amérique Great Again et que d’ici les mid-terms, il allait profiter d’avoir les coudées franches pour récupérer tout ce qui lui fait plaisir sur la planète. Surtout maintenant qu’il voit que personne ne dit rien. Les limites sont franchies et au vu du silence assourdissant de la communauté internationale, Trump aurait tort de se priver d’annexer deux-trois pays supplémentaires. Mais bon, je suis mauvaise langue, il faut tout de même noter que la Suisse est intervenue violemment dans l’affaire Maduro, dès que l’ex-futur-ex-Président vénézuélien a mis les pieds à New York, la Suisse a courageusement annoncé le gel de ses avoirs dans les banques helvétiques. Ça ne rigole pas à Berne. On n’a peut-être pas la Delta Force, mais on a le Conseil Fédéral et je ne sais qui est le plus dangereux. En conclusion, le Dax est au plus haut de tous les temps, la Suisse a fini sa première séance de l’année dans le rouge de 0.15%, le CAC était très légèrement en hausse, le S&P500 repasse au-dessus des 6’900 et le CES – le Consumer Electronics Show commence officiellement ce soir et on va reparler de la tech…
En Asie
Alors que l’Occident dort encore, l’Asie a pris le relais avec une énergie débordante. C’est une véritable déferlante verte qui s’est abattue sur les écrans ce matin, dans le sillage d’une séance américaine ultra-motivante. Au Japon, c’est l’euphorie totale, le Nikkei est en hausse de 1% et frise ses records historiques, mais le TOPIX a pris de l’avance et pulvérise ses records pour s’offrir un nouveau sommet historique. Comme hier. Le pays du Soleil-Levant profite d’un alignement des planètes parfait entre la tech, l’industrie et les exportateurs. Les puces électroniques, portées par les annonces de Nvidia au CES – on y revient dans 2 minutes – continuent de mener la danse, portés par cette soif insatiable de semi-conducteurs pour les centres de données et l’IA. Même ambiance à Hong Kong où le Hang Seng progresse de 1,6 %, dopé par son secteur technologique. Seule la Corée du Sud fait une petite pause respiratoire ; après avoir touché des sommets, le KOSPI recule très légèrement. Les investisseurs y reprennent leur souffle et croisent les doigts avant les résultats de Samsung attendus plus tard cette semaine, qui serviront de juge de paix pour valider la demande mondiale en puces mémoire. La Chine, elle aussi est en hausse de 1.15%
En bref, l’onde de choc de la capture de Maduro et l’excitation technologique de Las Vegas ont créé un cocktail explosif qui propulse l’Asie vers les étoiles. Pendant que la géopolitique redessine les cartes, l’Asie redessine ses plafonds : les records ne sont plus des limites, mais des étapes. Du côté de l’or, on est à 4’467$, le pétrole est à 58.11$ sur le WTI, l’argent est à 78.50$ et le Bitcoin est à 93’600$ après avoir testé les 94’500$ il y a quelques heures, d’ailleurs hier soir les titres liés à la Crypto comme Coinbase et Strategy ont profité du fait que la Crypto Star semblait avoir fait son « bottom » pour retrouver des couleurs.
Ce qui arrive à Vegas reste à Vegas
Dans les nouvelles du jour, il y a surtout UNE NOUVELLE du jour dont je voudrais vous parler. Le CES doit commencer officiellement ce soir. Mais il y a déjà du monde et ça se chauffe dans tous les coins à Las Vegas. Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est le CES, c’est le plus grand salon technologique au monde qui se tient chaque année à Las Vegas pour dévoiler les gadgets de demain. Les géants comme Nvidia ou Samsung y présentent leurs innovations (IA, robots, voitures futuristes) avant qu’elles n’arrivent dans notre quotidien. C’est l’événement qui donne le « la » de l’année pour les investisseurs et les passionnés de tech. C’est là où on a présenté le premier magnétoscope VHS, pour ceux qui savent encore ce que c’est. Mais là n’est pas le sujet, le sujet c’est Jensen Huang qui a encore frappé fort en sortant de son chapeau la plateforme Vera Rubin. Si le marché attendait Blackwell avec impatience, le boss de Nvidia lui, a déjà les yeux fixés sur la suite : la production est lancée et les premières livraisons sont prévues pour la fin de l’année.
Le cœur de cette bête de course repose sur un duo de choc : le CPU Vera, qui promet de doubler les performances par watt par rapport aux processeurs les plus avancés du marché, et le GPU Rubin, taillé sur mesure pour l’inférence. L’idée est simple : réduire la latence au minimum pour répondre à une demande de puissance de calcul qui, selon Huang, « explose littéralement ». Elon Musk lui-même n’a pas tari d’éloges, qualifiant déjà Rubin de « moteur de fusée pour l’IA ». On se réjouit déjà de voir la guidance de Nvidia lors des publications du trimestre agendées le 25 février. Mais au-delà des puces, Huang nous a projetés dans l’ère de l’IA physique. C’est le « moment ChatGPT » pour la robotique : les machines commencent enfin à comprendre et à interagir avec le monde réel. Entre le lancement de modèles open-source pour la conduite autonome (baptisés Alpamayo) et des agents capables de concevoir eux-mêmes des puces, Nvidia ne veut plus seulement être le cerveau de l’IA, mais aussi ses bras et ses jambes. Pour Huang, le futur de l’automobile et de la robotique humanoïde ne repose plus sur une programmation rigide, mais sur la capacité de raisonnement des machines face à l’imprévisible. En résumé, Nvidia ne se contente pas de dominer le marché actuel ; ils sont déjà en train de construire l’usine du futur où tout, de la voiture au robot d’usine, sera propulsé par leur technologie. Enfin, c’est que Huang a donné l’impression de vouloir dire hier soir.
Pour le reste
Voilà, autrement la Chine râle dans son coin par rapport au Venezuela, mais sans trop remuer dans les brancards, surtout parce que ça leur laisse les coudées franches pour Taïwan, la Russie ne dit rien, parce qu’ils sont mal placés et la France ne sait pas ce qu’elle se veut, comme d’habitude. Autrement, il y a Michael Burry qui pense que ce qui s’est passé ce week-end est positif pour Valero, dont il est actionnaire, et il pense que ça devrait aussi redistribuer les cartes pour le business mondial du pétrole. C’est marrant comme on ne parle plus de décarbonation et de réchauffement climatique à cause des carburants fossiles. Bref, les USA ont pris le pouvoir à Caracas et ce n’est probablement pas terminé dans la région. Je serais le Président Colombien, je ferais profil bas.
Côté chiffres économiques, nous aurons le CPI en France et en Allemagne, le PMI en Allemagne et en Europe. Ensuite aux USA nous aurons le S&P Global Composite PMI attendu à 53 et le S&P Global Services PMI attendu à 52.9. Pour le moment les futures sont en hausse de 0.13% et after close Nvidia grimpait de 0.54%.
Conclusion
On vit donc un début d’année où le pétrole se boit dans une coupe de cristal et où Wall Street applaudit des méthodes qui feraient passer un film de Scorsese pour un épisode de Oui-Oui à Disneyland Paris. Entre un Dow Jones qui flirte avec les étoiles grâce au chaos vénézuélien et une Asie qui pulvérise ses plafonds, le message est clair : la morale est en option, mais le profit est de série. On a d’un côté les ‘plombiers’ de Schlumberger qui vont retaper Caracas avec le sourire, et de l’autre Jensen Huang qui nous annonce que bientôt, nos voitures auront plus de capacité de raisonnement que certains dirigeants mondiaux – ce qui est – entre nous soit dit – pas très compliqué. Le monde de demain ne se construit pas dans la dentelle, il se forge à coups de puces Rubin et autres coups de pouce de Trump. Alors, pendant que Berne gèle des comptes de Maduro pour jouer les « badass », gardez l’œil sur le CES : c’est là que le futur s’écrit, entre deux néons de Vegas.
Passez une excellente journée et on se voit demain, même heure, même endroit, mais avec d’autres histoires à raconter.
Thomas Veillet
Investir.ch
“Never laugh at live dragons.”
― J.R.R. Tolkien
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