""« Chaque note a été composée pour les acteurs du film», confie Tommy Rizzitelli. Le ciné-concert du film Le Manoir de la Peur d'Alfred Machin, présenté le mardi 27 janvier à 20h à Lux Scène nationale de Valence dans le cadre du Festival Viva Cinéma, réunit deux artistes complices : le producteur Maxime Dangles et le batteur-expérimentateur Tommy Rizzitelli.
À la découverte d’Alfred Machin
Né en 1877 à Liège, Alfred Machin est l’un des pionniers les plus singuliers du cinéma européen. Il commence sa carrière comme opérateur et reporter de guerre avant de devenir réalisateur pour Pathé. Passionné par la faune et les paysages exotiques, il se distingue dès les années 1910 par des films tournés en Afrique, notamment lors de deux séjours au Congo et en Algérie. Son style est marqué par un goût prononcé pour le réalisme animalier, mais aussi par un sens aigu de la mise en scène dramatique.
Avec Le Manoir de la Peur, Machin bascule dans le registre fantastique, une rareté dans la production française de l’époque. Il y mêle drame romantique et atmosphères étranges, dans une esthétique proche du Cabinet du docteur Caligari. Ce tournant artistique, sans précédent dans sa filmographie, fut peu compris à sa sortie, d’où sa diffusion tardive. Aujourd’hui, son œuvre est redécouverte et réévaluée, notamment grâce au travail d’auteurs comme Maryline Desbiolles, qui lui consacre un roman, et au CNC qui valorise ses films restaurés.
Un film oublié, un chef-d’œuvre restauré
Réalisé en 1924, Le Manoir de la Peur est le premier film fantastique d'Alfred Machin. Ce pionnier du cinéma, connu pour son attachement au monde animal et aux expérimentations visuelles, y explore les codes de l’étrange dans un décor naturel : le village de Gattières, près de Nice. Façades austères, ruelles sinueuses, et jeux d’ombres confèrent à ce film une atmosphère envoûtante qui évoque les prémices du cinéma expressionniste allemand.
Mal compris à sa sortie, le film n’a été distribué qu’en 1927 sous le titre Le Manoir de la Peur, grâce à la société américaine Universal. Il a fallu attendre la restauration en 4K, menée par le Centre national du cinéma (CNC) sous la direction de Béatrice de Pastre, pour redécouvrir toute la richesse visuelle et narrative de cette œuvre singulière.
Une rencontre artistique autour de l’image
Pour Maxime Dangles et Tommy Rizzitelli, cette collaboration a démarré sur un écran géant, chez Tommy, lors d’un visionnage presque cérémoniel. « On s’est tout de suite laissé happer par les images. On a noté des regards, des nuances de lumière, des instants clés », se souvient Maxime. Cette première immersion a jeté les bases d’un dialogue intime entre la musique et le film.
Le duo, habitué à travailler ensemble, a construit une partition entièrement originale, nourrie par leur univers respectif : la scène électronique pour Maxime, le rythme et le son organique pour Tommy. Leur complicité donne naissance à une création immersive où chaque son répond à une intention visuelle.
Un travail artisanal à l’ère du numérique
Refusant la facilité des banques de sons, ils ont fabriqué leurs propres textures à partir d’objets chinés dans une ressourcerie ! « On avait besoin de bruits uniques, alors on a scié, frotté, enregistré. C’était presque une résidence sonore autour du film », explique Maxime. À ces sons bruts s’ajoutent des nappes électroniques, des séquences composées sur Ableton Live, et des percussions générées par la technologie Sensory Percussion.
Ce mélange d’ingrédients crée un paysage sonore mouvant, taillé sur mesure pour accompagner les ambiances contrastées du film. Pas question ici de surligner l’action, mais d’en révéler les silences, les tensions, les élans romantiques.
Un hommage personnel et vivant
Contrairement à une commande classique, la musique n’a pas été pensée pour un public défini. « Je composais pour les acteurs du film. Je pensais à ce qu’ils vivaient, à ce qu’ils ressentaient », confie Tommy. Cette approche sincère donne à la performance une dimension presque intime. Elle invite le spectateur à ressentir plutôt qu’à consommer.
Le duo n’en est pas à son premier coup d’essai. Déjà complices sur l’album CHΛNFLƎURY, Maxime et Tommy avaient exploré la narration sonore. Leur envie de revenir à la scène avec un projet visuel les a poussés à rejoindre le Lux, qui leur a ouvert ses portes pour cette nouvelle aventure.
Patrimoine et création en dialogue
La projection sera précédée d’une présentation de Béatrice de Pastre, qui racontera les coulisses de la restauration, et de l’autrice Maryline Desbiolles, qui a consacré un roman entier à Alfred Machin, sobrement intitulé Machin. Cette introduction permettra au public de contextualiser le film, mais aussi de mesurer la portée historique et artistique de ce projet.
Infos pratiques
Date : Mardi 27 janvier
Heure : 20h
Lieu : Lux Scène nationale, Valence
Durée : Environ 1h15
Billetterie : lux-valence.com/spectacles
Une soirée où le passé et le présent se répondent sans nostalgie, portée par deux musiciens qui ont choisi de réinventer le silence du muet en un poème sonore moderne.
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