Prise de possession ultime du corps, le tatouage pour les femmes n’a rien d’anodin. Pratique datant du 18eme siècle et marqueur social fort, les tatouages sont aussi des symboles de lutte, de survie ou d’embellissement pour ceux et celles qui les arborent. 

Depuis longtemps investi par les femmes, le milieu du tatouage, majoritairement masculin ne se soustrait pas aux logiques du racisme, du sexisme ou de l’appropriation culturelle. Sans fioritures, Clémentine et Anne-Laure parlent aujourd’hui du tatouage par et pour les femmes.  

Références entendues dans l’épisode : 

Le mot “tatouage” proviendrait du tahitien “tatau” (“dessin”) noté en 1772 dans le journal le capitaine Cook, premier navigateur à explorer le triangle polynésien. 

La scarification est une pratique consistant à effectuer une incision superficielle de la peau humaine  à l'aide d'outils coupants (morceaux de pierre, verre, coque de noix de coco, couteaux) elle peut revêtir une valeur de rite de passage particulièrement en Afrique de l’Ouest. 

Ötzi aussi surnommé Hibernatus est un homme momifié naturellement découvert le 19 septembre 1991 à 3 210 mètres d'altitude, dans le val de Senales en Italie. Il porte les plus anciens tatouages connus dans le monde. 

La micronésie est une région d’Océanie où le tatouage est très présent représentant la fertilité, ses motifs ont inspiré le fameux tatouage « tribal », composé de longs aplats noirs curvilignes.

Les Aïnous, premiers habitants du Japon (région nord) utilisaient le tatouage comme marqueur social, les femmes étaient marquées par un tatouage recouvrant les bords de la bouche et remontant légèrement sur les joues chez les femmes mariées, ressemblant à une moustache

Les courtisanes japonaise sous l’époque d’Edo étaient soumises à la pratique de l’irebokuro dont sa variante le kishibori consistait à se faire tatouer le nom de leur amant pour représenter l’amour éternel ou plus souvent leur possession par de riches clients. 

Le tatouage chinois ("Wenshen" ou "Chiqing") avait une valeur punitive en Chine (sur le visage) puis redevient populaire du VIIème au XVIIème siècle, tatouage considéré comme porteur de chance. 

Les docteurs Albert Leblond et Arthur Lucas écrivent en 1899 Du tatouage chez les prostitués

Quelques exemples des tatouages retrouvés sur les prostitués au XIXème siècles

La septicémie est une infection qui pouvait se conclure par une gangrène ou une amputation résulte de la non désinfection des ustensiles pour tatouer. Elle était courante au XIXème siècle. 

France Borel écrit l’essai Le vêtement incarné : les métamorphoses du corps (Calmann-Lévy) en 1992. 

Le hand poked tattoo est un tatouage fait à la main avec une aiguille, réservé autrefois aux prisonniers

La culture rockabilly (contraction de “rock” et “hillbilly”, terme péjoratif pour décrire une personne peu cultivée) est souvent associée à un genre musical des années 50. Elle a également produit toute une esthétique (langage, art, mode, danse) qui inspire tout un genre de tatouage encore aujourd’hui. 

Mildred Hull alias Millie Hull (1897 - 1947) est une ancienne danseuse burlesque et seule femme tatoueuse à New-York en 1943 régnant sur le quartier de Bowery grâce au Tattoo Emporium, son salon fondé dans les années 20. 

Irène “Bobby” Libarry (1893 - 1978), illusionniste et bonimenteuse, a créé son propre cirque appelée “The world’s strangest people” avant d’ouvrir son salon de tatouage en 1939 à San Francisco. 

Maud Wagner (1877 - 1961) est la première tatoueuse américaine, pratiquant le handpoke jusqu’à la fin de sa carrière. Artiste de cirque à ses débuts, elle commence sa carrière après avoir rencontré Gus Wagner, le “globle-trotter tatoué” pendant l’exposition universelle du Missouri en 1904. 

Leonora Platt (1883 - 1960), ancienne des Sheesley shows, est une tatoueuse américaine dont le salon de norfolk connaît beaucoup de succès en 1912, jusqu’à pouvoir inciter ses collègues à engager des femmes tatoueuses. 

Un article qui retrace l’histoire de ces tatoueuses américaines

Le concept de “technique du corps” (évoqué dans conférence du même nom en 1934) désigne selon Marcel Mauss la capacité à transmettre un acte sur le corps traditionnel et efficace de génération en génération, à la croisée de la biologie, de la sociologie et de la psychologie. 

Michel Foucaut dans Surveiller et Punir en 1975 reprend cette définition dans son concept de “techniques disciplinaires”. Ces techniques ont en commun le fait de s’appliquer aux corps des individus durablement en vue d’une sorte de dressage. 

Pour Norbert Elias, la société ne peut se construire et se comprendre qu’à travers un processus d’auto-contrainte générale, et le tatouage en est une de ses facettes corporelles, entre conformisme et transgression. 

L’étude IFOP publiée par le Syndicat National des Artistes Tatoueurs (SNAT) en janvier 2017. 

L’étude de psychologie sur la perception des femmes tatouées menée en 2004 par Hawkes, Senn et Thom au Canada. 

Un article sur la perception des femmes tatouées au Canada

Colette Guillaumin est une sociologue féministe et militante antiraciste, chercheuse au CNRS, elle parle de la portée du tatouage chez les femmes dans son recueil Sexe, Race et Pratique du pouvoir. L’idée de Nature (iXe, 2016).

L’article du Guardian sur le “survivor tattoo”, “Instead of a scar I had a piece of art : women on their post-masectomy tattoo”

Le tatouage “point-virgule” initié par le Project Semicolon

Un article de Madmoizelle sur le tatouage “point-virgule”.

Un article de CBS sur les tatouages des survivants de l’ouragan Katrina.

Un article de l’Express sur les tatouages mémoriels des attentats de Paris.  

Un article du Rose Magazine sur le tatouage comme alternative à la reconstruction mammaire après un cancer

La brésilienne Flavia Carvalho et la russe Zenya Zakhar dessinent des fleurs ou des papillons gratuitement sur des traces laissées par des agressions subies par les femmes. 

Kat Von D est une artiste tatoueuse présente dans L.A Ink, elle a créé sa propre marque de maquillage qui a fermé récemment

L.A. Ink est une téléréalité suivant le salon de tatouage High voltage Tattoo diffusé sur TLC et Discovery Channel de 2007 à 2011. 

Le MS13 et le Barrio 18 sont des gangs rivaux d’Amérique centrale dans lesquels le tatouage fait office de contrat ou de rite d’entrée

Au Salvador, la clinique financée par Taïwan qui propose d’effacer les tatouages pour permettre aux ex-membres de gang de se réintégrer

Un article de Racked Magazine sur le “tramp stamp”, ce tatouage au bas du dos stigmatisé. 

L’article du Figaro Madame sur ces travailleuses du sexe tatouées de force par leurs proxénètes

Un article de France Info sur ces jeunes israéliens qui se font tatouer le numéro de détenu sur l’avant-bras de leurs aïeux survivants

Numbered est un documentaire sur ce phénomène de Dana Doron et Uriel Sinai réalisé en 2012. 

Les membres de la communauté LGBTQI+ se réapproprient et se tatouent le triangle tête en bas noir et rose qui servait à marquer les lesbiennes, les homosexuels ou les “associaux” dans les camps de concentration. 

Le double anneau sur l’avant-bras, symbole d’égalité dans la communauté gay dont la signification est détournée par les fake news

Un portrait dans La Presse de la députée d’origine inuite Mumilaaq Qaqqaq qui arbore les tatouages de sa communauté. 

L’article d’Hélène Molinari dans Komitid sur Elizabeth Kerekere, militante Maori lesbienne

L’article de Buzzfeed sur le tatouage de symboles féministes et leurs significations

Un article du Time sur ces tatouages féministes provoqués par la course à l’élection présidentielle américaine et la phrase d’Elizabeth Warren. 

Margot Mifflin évoque l’entre-soi viriliste du milieu du tatouage américain, “The white boy bro culture of tattooing”, dans son livre Bodies of subversion. A Secret History of Women and Tattoo (Powerhouse Books, 2012). 

Le compte Instagram @payetontattoartist dénonce les tatoueurs sexistes. 

L’article de Vice sur Instagram comme moyen d’exister pour des femmes, des personnes LGBTQI+ et des personnesracisées d’exister hors des sentiers traditionnels

L’article de Bustle sur le racisme et les mythes de la peau “trop foncée” pour être tatouée.

Un article d’Inside Out sur la relation entre la culture et le tatouage.

Un article de Macunion sur l’appropriation culturelle et le tatouage

Anna Wanda Gogusey est une illustratrice et tatoueuse, elle a aussi un site

Daria Marx est une féministe, blogueuse et écrivaine.

Ma Vie en Gros est un documentaire de Daria Marx diffusé en février 2020 sur France 2.

La Nuit du Chasseur est un film de Charles Laughton de 1955 où le personnage du révérend Harry Powers joué par Robert Mitchum a les mots  “love” et “hate” tatoués sur les premières phalanges. 

Lisbeth Salander est l’héroïne de la série de romans policiers Millénium de Stieg Larsson, adaptée plusieurs fois à la télévision et au cinéma. Elle a entre autres tatouages un gigantesque dragon sur son dos.  

Harley Quinn est un personnage de l’univers de DC Comic interprétée par Margot Robbie au cinéma. Elle est tatouée sur tout le corps

Cressida est un personnage de la série de roman Hunger Games interprétée au cinéma par Natalie Dormer. Elle est tatouée sur le crâne

Un article sur les tatouages de Lena Dunham dont son personnage, Hannah, parle également dans la série Girls. Elle s’est faite tatouée par une de ses amies aussi actrice dans Girls Jemina Kirke.

Zoé Kravitz est une actrice, tatouée

Kristen Stewart est une actrice américaine, tatouée entre autre sur l’avant-bras

Angelina Jolie est une actrice américaine, tatouée sur plusieurs partie du corps

Un article sur les tatouages de la chanteuse américaine Ariana Grande

Un article sur les tatouages de Marion Seclin sur ses tétons.  

The Pillow Book est un film Peter Green Away sorti en 1996. 

Memento est un film Christopher Nolan sorti en 2001. 

Le “Fire rose unity survivor tattoo” de Lady Gaga. 

Faites-moi plaisir est un roman de Mary Gaytskill (Éditions de l’Olivier, 2020) qui a également écrit le roman adaptée au cinéma en 2002 La Secrétaire

Iris Brey est une journaliste et autrice. Elle a publié en 2020 l’essai Le regard féminin, une révolution à l’écran (Éditions de l’Olivier).  

Morning Show est une série de Michael Ellenberg et Kerry Ehrin diffusé par Apple TV+ depuis 2020. 

Le podcast de Norah Benarrosh-Orsoni Tout de suite les grands mots du Collectif Transmissions

Karine Tuil a écrit le roman Les Choses Humaines (Gallimard, 2019) qui a reçu le prix Goncourt des Lycéens et le prix Interralié. 

Woman World (Éditions La Ville brûle, 2020) est la première BD de l’autrice canadienne Aminder Dhaliwal, traduite en françias par Clémentine Beauvais.  


Quoi de Meuf est une émission de Nouvelles Écoutes, cet épisode est conçu par Clémentine Gallot et présenté par Anne-Laure Pineau, mixé par Laurie Galligani. Générique réalisé par Aurore Meyer Mahieu. Montage et coordination Ashley Tola.