Dans mon passé de disquaire, il y a finalement peu de disques que je vendais bien . Même quand celui -ci marchait , si j’arrivais à en vendre 5 exemplaires , c’était déjà une réussite. Les conditions de vente étaient tellement compliquées , qu’il fallait trouver un équilibre difficile à tenir entre audace et rengaine . Au final , quand j’y repense ,  peu ont passé la barre des dix .Parmi ceux ci , un me revient facilement à l’esprit : Le premier album de Fumaca Preta , paru chez soundway en 2014 .

Un disque en qui je croyais et que je suis parvenu à placer à l’usure … tant et si bien qu’on venait ensuite me le demander alors qu’il n’était plus disponible en vinyle .

Le label soundway était déjà , à la base, gage de qualité . Du moins à cette époque …Petit à petit , les productions se sont espacées, les sorties se sont concentrées sur les maxis et la qualité , en dehors du mauskovic dance band  m’ont moins intéressé . Leurs fabuleuses compilations , après avoir fait la part belle au Funk heavy des années 70 , ont classiquement parcouru les années 80 et ont perdu de leur intérêt à mes yeux . 

Mais revenons à Fuma preta … 

Leur premier album , que j’écoute toujours avec autant de plaisir apparait comme sorti de nulle part ou presque . La formation est déjà en elle -même complètement improbable , Alex Figueira , un  batteur portugo vénézuélien exilé en Hollande , deux   membres de the Grits (Stuart carter à la guitare et James Porch à la basse ) , the gris est une formation funk de Brighton  et auteurs de deux albums qui donneraient la danse de Saint Guy à tous les neurasthéniques et enfin Joel Stones, disquaire et digger spécialisé dans la musique brésilienne psychédélique , qui ne restera que le temps de cet album , même s’il revendique l’origine du nom du groupe , chante et écrit sur tout celui - ci  . 

Comme ça , je fais genre, je sais , mais je dois bien avouer que , quand l’album a débarqué dans les bacs en 2014, aucun de ces zigs ne m’étaient familier , pas plus que leur musique d’ailleurs . Il faut dire que niveau musique , nous ne sommes plus dans le melting pot , mais dans un joyeux bordel foutraque . 

A l’intérieur d’un même morceau on peut passer de Pierre Henry à Black Sabbath en passant par Os Mutantes . On saute aisément de rythme tropicalia à un rythme binaire punk … autant dire qu’il y a autant de barrières dans ce disque que de cheveux sur la tête à Kojak . (Pour celles et ceux qui ne seraient pas âgés et qui n’auraient pas eu l’immense joie de connaitre la série Kojak , je vous spoile vos recherches google , il est chauve ! ) . 

 

Ce joyeux foutoir n’a pourtant rien d’un accident. Fumaça Preta ne donne jamais l’impression de chercher l’effet ou la provocation gratuite. Le disque peut paraitre   excessif, parfois épuisant, souvent jubilatoire, mais  il est  toujours tenu par une énergie commune : celle du corps. Leur concert à la péniche de Lille me le rappelle . Il  est la seule et unique fois de ma vie où j’ai dansé le Pogo ! A plus de 50 ans ! Je crois que ça se passe de tout autre explication . 

Leur musique est faite pour être vécue physiquement, dans la sueur, dans la répétition, dans la saturation. On est loin de toute idée de folklore, de carte postale ou de “mélange des cultures” bien propre sur lui. Rien n’est poli, rien n’est mis à distance , à moins de fuir le concert . 

Dix ans après sa sortie, ce disque n’a rien perdu de sa force. Il n’a pas été digéré, ni récupéré, ni rangé dans une époque. Il garde ce côté indomptable, presque ingérable, qui fait qu’on y revient sans jamais avoir l’impression d’en avoir fait le tour.

Encore une fois , il sera bien difficile d’établir une sélection représentative du disque , mais ça devient une habitude que vous commencez à supporter . On espère qu’elle vous pousse à aller plus loin dans la découverte ou redécouverte du disque .

Fumaca Preta  , album du même nom est le disque de la semaine dans roule galette !

 

Todo Pessoa.
Je vous propose de démarrer la semaine à bord de l’embarcation TODO PESOA . Vous allez embarquer  dans une croisière chacha psychédélique.
Un truc qui avance tranquille sur un fleuve, mais un fleuve peuplé de dinosaures. Des dinosaures cools, hein… mais évidemment sous substances.

On part dans un Groove un peu bancal . On se doute que la croisière risque d’être bizarre . Ça chaloupe, ça ondule, ça te berce et ça te désoriente en même temps.

On est clairement dans une ambiance tropicalia, mais passée à travers un filtre psyché, comme si le décor fondait doucement autour de soi. Heureusement , des chants féminins rassurants nous accompagnent . 
On a l’impression qu’un animal joue du saxophone saturé. Alors pas la grenouille de Love Is All — même si l’image n’est pas loin — plutôt un animal de la jungle. Un truc tropical, poilu, vaguement inquiétant, mais sympa quand même. 

Todo Pessoa, c’est un morceau qui ne va nulle part, mais qui vous emmène loin.
Une dérive sous acide, version carte postale d’un  ami dont vous n’aviez plus de nouvelles depuis 3 décennies  , il est devenu le  Indiana Jones  déguisé en Servietsky  . 

Eu Era Um Cão démarre comme une ballade sur le Nil.
Un motif très arabisant, lancinant, presque incantatoire. Évidemment sous substance.
Ça ondule, ça serpente profondément psyché.

Puis rupture.
Un riff killer surgit, quelque part entre Black Sabbath et un heavy funk bien épais. Le fleuve disparaît d’un coup.

On débarque à terre.
Des cocktails magiques bouillonnent de partout ,  un vaudou nous souhaite la bienvenue .
Tout le monde fait la fête sur une plage étrange. Mi Ibiza, mi Bal des Vampires.
Festif, foutraque  et un peu inquiétant.
Le genre de soirée où tu te réveilles le lendemain en te demandant qui est ton voisine et pourquoi tu portes ce manteau de fourrure … 

Sur Tire Sua Máscara, changement de substance.

Le groupe a dû tomber sur un stock d’ecsta en plein milieu de ses périples.

Ils mettent la main sur une TB-303, et là, ils partent dans un jam improbable, quelque part entre Lords of Acid et Tom Zé, comme si tout ce beau monde finissait par croiser Lee “Scratch” Perry en fin de soirée , pour redescendre en douceur … 

avec Amor Tece Dor. , ça démarre comme  premier baiser , mais plus proche de la version de testikul atrophy que celle d’hélène et les garçons …
Imaginez un peu la scène , Cricri a été drogué à son insu , se prend pour  Alain Deloin dans Paroles, paroles , sauf qu’on ne comprend pas les paroles  !  Il est devenu  le fils caché de Santana et Jimi Hendrix . Les filles le consolent et le cajolent pendant que José expérimente ses nouveaux sons sur son Synthé spatial …

On termine la semaine avec le morceau emblématique de Fumaca Preta  , celui qui donne son nom à l’album et au groupe …
Dès les premières secondes, on pense immédiatement à Black Sabbath. Un riff lourd, poisseux, menaçant, qui semble annoncer quelque chose de frontal et massif. Et puis, très vite, tout se dérègle.

Le riff s’arrête net, comme coupé au couteau, pour laisser place à un maelström électronique presque pierre-henryesque. Des sons trafiqués, distordus, des voix passées à la moulinette, qui donnent l’impression de sortir d’un monstre cybernétique sous substances, quelque part entre laboratoire expérimental et cauchemar industriel.

Et là-dessus déboule un type qui hurle comme un forcené, porté par une rythmique basique, quasi punk, primitive, sans nuance. Ça cogne, ça crie, ça sature. Puis, sans prévenir, tout s’arrête de nouveau.

Retour au riff d’ouverture, ce riff killer, imparable, comme si rien ne s’était passé.
Un cri surgit alors — FUMACA PREEEEETTAAAAAAAA — repris par des chœurs féminins, presque voluptueux, presque sensuels, en total contrepoint de la violence précédente.

Tout est là.
Les ruptures, les collisions, l’absence totale de logique apparente
 Joyeux merdier ! 

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