TL;DR

Chaînes FAST autonomes pilotées par IA : Frequency construit des chaînes qui se reprogramment en temps réel selon l’audience, sans intervention humaine

Automatisation remplace programmateurs : OTT Studio passe du scheduling manuel à l’IA (Amagi Smart Scheduler) — temps de création de grilles divisé par 10

Consolidation brutale du marché : 90% du visionnage FAST sur 10% des chaînes, STIRR -49%, ViX -34% entre 2023-2024 (Dan Rayburn)

Chillfree TV : plateforme 100% IA : Première OTT entièrement bâtie avec Claude 4.0, Manus, Cursor — 7500h de contenu, chaînes FAST 24/7

IA comprend le contenu scène par scène : Akta déploie des agents qui analysent les moments clés pour placer coupures pub au timing optimal

“Vous pénétrez dans une autre dimension, une dimension faite non seulement de vue et de son, mais aussi d’esprit...” Cette phrase culte de Rod Serling ouvrait chaque épisode de La Quatrième Dimension (The Twilight Zone). En 2025, les chaînes FAST entrent dans leur propre Quatrième Dimension : celle où les machines apprennent à programmer mieux que les humains, où les chaînes se reprogramment toutes seules selon les audiences, où l’automatisation remplace quinze ans de savoir-faire métier.

Pendant que Streaming Radar #24 analysait comment les plateformes devenaient le produit — comment être visible sur l’écran d’accueil comptait plus que la qualité du contenu —, une transformation plus radicale s’opérait en coulisses. Les chaînes FAST, ces chaînes gratuites financées par la pub qui ont explosé ces dernières années, basculent massivement vers l’automatisation pilotée par l’IA. Et contrairement aux buzzwords habituels autour de l’intelligence artificielle, cette fois c’est opérationnel. Vraiment opérationnel.

Le timing n’est pas anodin. Avec 1000 à 2000 chaînes FAST uniques aux États-Unis selon Gracenote (mars 2025), le marché se consolide brutalement. Certaines plateformes ont déjà réduit drastiquement leur offre : STIRR a perdu 49% de ses chaînes entre 2023 et 2024, ViX 34%, Redbox 9%. Seules les chaînes rentables survivent. Et pour être rentable dans cet océan de contenu, il faut être efficace. Très efficace. C’est là que l’IA entre en scène.

“L’Homme obsolète” : quand le programmateur humain devient optionnel

L’épisode iconique “L’Homme obsolète“ de La Quatrième Dimension racontait l’histoire d’un bibliothécaire devenu inutile dans une société où les livres n’existaient plus. En 2025, les programmateurs de chaînes FAST vivent un moment similaire — pas pour disparaître, mais pour voir leur métier radicalement transformé.

Blair Harrison, CEO de Frequency, l’explique crûment dans son intervention au StreamTV Show 2025 : “Nous construisons des logiciels qui permettent aux chaînes de fonctionner essentiellement toutes seules.” (“We’re building software that allows channels to essentially run themselves”) L’autonomie qu’il décrit n’est pas théorique. Frequency aide les propriétaires de contenu à bâtir des chaînes qui s’adaptent dynamiquement au comportement des spectateurs, aux événements externes, aux tendances saisonnières. En temps réel.

Concrètement, qu’est-ce que ça change ? Ryan James, co-fondateur et CEO d’OTT Studio, témoigne dans un webinar Amagi : “Avant l’automatisation, programmer une chaîne de qualité nécessitait de s’asseoir, de comprendre le contenu en profondeur, de cartographier les connexions entre différents titres, et de construire des blocs de programmes qui ont du sens ensemble.” (“Before automation, programming a quality channel required sitting down, deeply understanding the content, mapping out connections between different titles, and building programming blocks that made sense together”) Le processus prenait des jours. Avec l’IA, il faut des heures. OTT Studio opère désormais plus de 20 chaînes FAST avec une équipe minuscule, grâce à l’automatisation de la programmation.

Le passage du manuel à l’automatisé n’est pas juste un gain de productivité — c’est un changement de paradigme. Traditionnellement, un programmateur de chaîne prenait des décisions basées sur l’expérience, l’intuition, et des données d’audience passées. L’IA, elle, analyse des volumes massifs de data : heures de pic de visionnage par démographie, taux de complétion par genre, engagement cross-platform, saisonnalité. Selon une étude Parks Associates et SymphonyAI citée par Streaming Media, près de 70% des exécutifs de contenu évaluent les données séparément pour chaque service de distribution. L’IA, elle, peut combiner ces datasets — par exemple, croiser les heures de pic pour une démographie spécifique sur plusieurs plateformes — et programmer en conséquence.

Le résultat ? Des grilles plus performantes. Des audiences mieux ciblées. Et surtout, une scalabilité impossible en manuel. OTT Studio a bâti plus de 17 millions d’installations organiques avec 20+ marques sans quasiment dépenser en marketing, en misant sur la découvrabilité CTV et la programmation efficace. Quand on lui demande comment son équipe équilibre curation humaine et automatisation IA, Ryan James répond : “Quand nous avons démarré, nous traitions la programmation de contenu comme un art.” (“When we started, we treated content programming like an art”) Aujourd’hui, c’est devenu une science assistée par apprentissage automatique.

Cette transformation rappelle ce qu’on vivait chez M6 en 2008-2010. À l’époque, encoder une vidéo pour le multi-écrans était artisanal : on testait les presets h.264 à la main, on ajustait les bitrates manuellement. Puis les outils d’encodage adaptatif sont arrivés, et soudain le process s’automatisait. La différence ? L’encodage adaptatif optimisait pour la qualité technique. L’IA scheduling optimise pour le business : watch time, completion rate, ad fill rate, revenue per hour. C’est la même révolution, mais appliquée au contenu plutôt qu’au tuyau.

“Pour servir l’homme” : l’IA au service de la monétisation (et pourquoi les géants SVOD hésitent)

Dans l’épisode “Pour servir l’homme“, les extraterrestres arrivent sur Terre avec un livre titré “Pour servir l’homme” — que les humains découvrent trop tard être un livre de recettes. Avec l’IA dans les chaînes FAST, la question se pose : qui sert-on vraiment ? Le spectateur, l’annonceur, ou la plateforme ?

Prenons Chillfree TV, lancé par dotstudioPRO cette année. C’est la première plateforme OTT entièrement construite par l’IA — pas juste l’interface ou la recommandation, mais tout le flux de travail : développement, curation de contenu, programmation, diffusion. Bâtie avec Claude 4.0, Manus, et Cursor. 7500 heures de contenu au lancement, avec des chaînes FAST 24/7 et un guide de programmes optimisé par IA.

Le détail intéressant ? Selon dotstudioPRO, la curation de contenu se base sur “des titres qui ont démontré de fortes métriques de monétisation et d’engagement à travers le vaste réseau de distribution AVOD, TVOD et FAST tiers de dotstudioPRO.” (“titles that have demonstrated strong monetization and engagement metrics across dotstudioPRO’s extensive third-party AVOD, TVOD and FAST distribution network”) Autrement dit, l’IA ne choisit pas le meilleur contenu pour le spectateur. Elle choisit le contenu qui rapporte le plus et engage le mieux. Nuance.

C’est là que le modèle devient trouble. Dan Rayburn, dans un article publié sur le blog Amagi en août 2024, révèle un secret de polichinelle : “90% des heures de visionnage FAST proviennent de moins de 10% des chaînes.” (“90% of FAST viewing hours come from less than 10% of channels”) La majorité des chaînes FAST perdent de l’argent. Seules celles qui cumulent audience massive ET optimisation publicitaire efficace survivent. L’IA devient alors un outil darwinien : maximiser le CPM (coût pour mille impressions publicitaires), minimiser les coûts opérationnels, éliminer tout ce qui ne performe pas.

Le paradoxe des géants absents

Et c’est là qu’intervient le vrai paradoxe. Netflix, Disney+, Amazon Prime Video — tous ont des tiers ad-supported, des catalogues gigantesques, et des investissements IA massifs. Alors pourquoi laissent-ils Frequency, OTT Studio et Chillfree TV occuper le terrain FAST avec l’IA ?

Trois blocages concrets. D’abord, les droits contractuels : Netflix paie pour des droits SVOD (on-demand), pas des droits linéaires. Pour diffuser Stranger Things en chaîne FAST, il faudrait renégocier. ESPN facturait 9,42 dollars/mois par abonné aux câblo-opérateurs en 2023 pour du linéaire — Netflix paie autrement. Renégocier des milliers de contrats ? Coût titanesque.

Ensuite, l’économie ne fonctionne pas : un abonné Netflix tier ad-supported rapporte 7,99 dollars/mois. Un utilisateur FAST gratuit ? Moins de 10 dollars... par an. Si 10% des 300 millions d’abonnés Netflix migrent vers du FAST gratuit, c’est 2,8 milliards de dollars évaporés annuellement. Les revenus pub FAST ne compensent jamais à court terme.

Enfin, la cannibalisation est déjà visible : chez Paramount+, 60% des nouveaux abonnés US Q1 2025 ont choisi le tier ad-supported à 7,99 dollars au lieu du Premium à 12,99 dollars. Preuve que dès qu’une alternative moins chère existe, les gens migrent.

Mais la prospective devient intéressante. Une fois les droits SVOD épuisés — une fois que Orange Is The New Black, Daredevil ou Stranger Things saisons 1-2 ont terminé leur cycle premium — pourquoi ne pas recycler ce catalogue sur des chaînes FAST tierces ? Pas sur Netflix.com (trop risqué), mais sur Pluto TV, Samsung TV Plus, Molotov en France.

Ce n’est pas nouveau. La vie est un éternel recommencement. Disney a fait exactement ça pendant des décennies avec ses classiques. Sortie cinéma → VHS premium → diffusion câble Disney Channel → syndication. Chaque fenêtre monétisait le même contenu à des prix différents pour des audiences différentes. Le Roi Lion a rapporté en salle, en cassette, en câble, en DVD, en Blu-ray, et maintenant en SVOD sur Disney+. Windowing intelligent, pas cannibalisation.

Paramount exécute déjà cette stratégie : garde Yellowstone et 1923 derrière paywall Paramount+, recycle NCIS et Star Trek classique sur Pluto TV (150+ chaînes FAST, 80 millions d’utilisateurs actifs). Résultat : monétise deux fois. Amazon faisait pareil avec Freevee avant fermeture en 2024 (contenu migré vers Prime Video “Watch for Free”).

Netflix pourrait suivre. Imagine une chaîne “Netflix Legends” sur Molotov (20+ millions d’utilisateurs français) programmant La Casa de Papel saisons 1-2, Lupin partie 1, Emily in Paris saison 1 — tout ce qui a déjà cartonné en SVOD mais dont le pic est passé. CPM pub France : 5-8 euros. Si la chaîne génère 10 millions de vues/mois, ça fait 600K-1M d’euros/an. Multiplie par 10-15 chaînes internationales, et tu commences à voir le potentiel.

Revenus modestes (50-100 millions de dollars annuels) vs les 43+ milliards Netflix 2025. Mais c’est de l’argent trouvé sur du contenu qui sinon dormirait. Et ça devient un funnel marketing : quelqu’un découvre Stranger Things saison 1 gratuite sur FAST en 2026, accroche, veut la suite. Où est-elle ? Sur Netflix, tier payant.

Les limites. Là où Paramount possède Pluto TV (contrôle total), Netflix devrait négocier avec des tiers — Samsung, Roku, Xumo. Ça signifie partager revenus pub, perdre contrôle UX, dépendre de partenaires. Netflix n’aime pas ça. Mais Netflix a lancé tier ad-supported (impensable il y a 3 ans), fait du live NFL, intégré des jeux. Les temps changent.

Ma prospective mesurée : d’ici fin 2026-début 2027, Netflix testera une ou deux chaînes FAST tierces avec son catalogue legacy. Pas un rollout massif. Un test contrôlé. Genre “Netflix Nostalgia” sur Pluto TV US ou “Netflix Séries Cultes” sur Molotov France. Paramount a montré la voie. Amazon l’a testé. Warner Bros. Discovery licencie massivement sur Tubi et Pluto TV.

La question n’est plus “si”, mais “quand” et “sur quelles plateformes”. Netflix a les contenus. Netflix a besoin de nouveaux revenus (Wall Street demande croissance). Le FAST explose (47% des foyers US utilisent FAST en 2025 selon Parks Associates).

Comme Disney avec ses classiques VHS → câble → DVD → streaming : même contenu, fenêtres différentes, monétisation maximale. L’histoire se répète, juste avec de nouveaux acronymes.

L’optimisation pour le CPM prime sur tout le reste

Revenons à l’IA qui optimise. Samsung TV Plus a déployé en août 2025 une homepage repensée avec “personnalisation pilotée par IA” (“AI-driven personalization”) selon Salek Brodsky, SVP global head de Samsung TV Plus. Les métadonnées enrichies, les images améliorées, et surtout l’algorithme de personnalisation basé sur les habitudes de visionnage individuelles. L’objectif affiché : “moins de scrolling et une découverte facilitée.” (“less scrolling and easier discovery”) L’objectif réel : plus de temps passé sur la plateforme, donc plus d’impressions pub vendues.

De même, LG Ad Solutions a lancé Agentiv, une plateforme d’agents intelligents pour améliorer “l’automatisation des flux de travail, la collaboration et l’accessibilité des données” (“workflow automation, collaboration and data accessibility”) dans la tech publicitaire. Plus de 20 agents opèrent déjà dans Agentiv. L’un d’eux, “l’agent de planification média” (“media planning agent”), produit des rapports de faisabilité basés sur les inputs de campagne. Un autre, “l’agent de révision créative” (“creative review agent”), gère les processus d’approbation publicitaire. Et un troisième, “l’agent de collaboration de données” (“data collaboration agent”), permet aux marques de combiner leurs données clients avec les insights de LG — dans un “environnement respectueux de la vie privée” (“privacy-compliant environment”) évidemment — pour affiner le ciblage publicitaire.

Résumons : l’IA sert à monétiser plus efficacement, pas nécessairement à améliorer l’expérience spectateur. Les deux ne sont pas toujours alignés. Quand Akta, une plateforme AI-First décrite dans TV Tech, place des coupures pub “à des moments contextuellement appropriés et non intrusifs” (“at contextually appropriate, non-intrusive moments”) grâce à ses AI Scheduling Agents qui analysent le contenu scène par scène, c’est intelligent. Mais l’objectif reste d’optimiser le taux de complétion publicitaire, pas de réduire les interruptions pour le confort du viewer.

Harrison de Frequency parle “d’expériences de qualité broadcast qui rivalisent et surpassent la TV traditionnelle.” (“broadcast-quality experiences that rival and surpass traditional TV”) Peut-être. Mais à quel prix ? Si l’IA sélectionne le contenu uniquement sur critères de monétisation, on risque une homogénéisation : toujours les mêmes formats qui performent, toujours les mêmes niches qui paient. La longue traîne — ce contenu de niche qui trouvait son public sur les FAST channels justement parce que la distribution coûtait peu — pourrait disparaître au profit de l’ultra-optimisé.

Ce serait ironique : la tech qui devait démocratiser la distribution finirait par recréer les mêmes goulots d’étranglement que la TV linéaire traditionnelle. Mais pour comprendre à quel point l’IA devient omnipotente dans cet écosystème, il faut regarder comment ces systèmes fonctionnent réellement.

“C’est une bonne vie” : l’IA omnipotente qui décide de tout

Dans “C’est une bonne vie“ (It’s a Good Life), un enfant aux pouvoirs télékinétiques contrôle toute une ville par la pensée, et personne n’ose le contrarier. Les chaînes FAST pilotées par IA ressemblent à ce scénario : des systèmes autonomes qui prennent des décisions à une vitesse et une échelle que les humains ne peuvent plus challenger.

Blair Harrison de Frequency parle d’”Entreprise médias autonome” — des entreprises médias qui opèrent “à la vitesse de l’IA”. Il décrit des chaînes qui “ne fonctionnent pas seulement dans le cloud — elles y pensent”. C’est poétique, mais ça pose une question fondamentale : qui contrôle vraiment ces systèmes ?

Prenons l’exemple de Frequency et Wurl, partenaires depuis 2023. Wurl fournit la monétisation publicitaire, Frequency la création de chaînes. Ensemble, ils offrent une solution bout-en-bout où l’IA gère scheduling, optimisation publicitaire, distribution multi-plateforme. Le client — le propriétaire de contenu — délègue l’essentiel de la décision aux algorithmes. Il fixe des paramètres (audience cible, objectifs de revenus), mais l’exécution est automatisée.

C’est efficace. OTT Studio a plus de 20 chaînes FAST distribuées principalement sur Roku, Vizio, et Fire TV, avec très peu de marketing et une équipe réduite. Mais cela signifie aussi que l’IA détermine ce qui est vu, quand, et comment. Si l’algorithme privilégie systématiquement certains genres ou formats parce qu’ils monétisent mieux, le reste disparaît progressivement.

La qualité redéfinie par les métriques

Akta, plateforme AI-First lancée récemment, va plus loin que la simple automation. Ses AI Scheduling Agents “comprennent le contenu au niveau de la scène, pas juste au niveau de l’asset.” (“understand content at the scene level, not just the asset level”) Concrètement, l’IA analyse chaque scène vidéo pour identifier les moments clés, les points de tension narrative, les opportunités de coupure pub qui minimisent la friction. Elle ne se contente pas de placer une pub toutes les X minutes — elle comprend la placer pour que le spectateur ne décroche pas.

C’est la promesse. La réalité est plus nuancée. Nos outils de mesure qualité montrent leurs limites face aux nouveaux codecs et à l’IA générative. Si l’IA de scheduling optimise pour des métriques de complétion et d’engagement, mais que ces métriques sont biaisées ou mal calibrées, on optimise dans la mauvaise direction.

Prenons un exemple concret. SymphonyAI, dans un article Streaming Media de juillet 2024, explique comment l’IA peut “combiner des ensembles de données, comme les heures de pic de visionnage pour des démographies spécifiques sur diverses plateformes, et programmer le contenu en conséquence.” (“combine data sets, such as peak viewing hours for specific demographics on various platforms, and schedule content accordingly”) Super. Mais que se passe-t-il si l’IA découvre que programmer des clips courts, addictifs, type TikTok, maximise le watch time sur une démographie jeune ? Elle le fera. Même si le contenu long-format, plus qualitatif, serait objectivement meilleur pour le spectateur.

On retrouve ce que Streaming Radar #24 appelait la bataille de la surface : ce n’est plus le contenu qui compte, c’est l’algorithme qui le met en avant. L’IA devient juge, jury, et exécuteur. Si un épisode d’une série FAST ne performe pas dans les 48 premières heures, l’algorithme le retire de la grille et le remplace. Pas de seconde chance, pas de bouche-à-oreille qui monte progressivement. C’est Netflix appliqué aux FAST channels.

Amagi a lancé en avril 2025 son Smart Scheduler, un outil de programmation IA qui analyse les données d’audience pour créer des schedules dynamiques. Ryan James d’OTT Studio, qui l’utilise, décrit le process : “Vous devez tracker la performance de ces différentes chaînes et ajuster, et vous devez le faire à la volée en temps réel, prenant des décisions intelligentes basées sur les données que vous obtenez de ces différentes plateformes et de l’engagement consommateur.” (“You have to track the performance of these different channels and adjust, and you have to do that on-the-fly in real time, making smart decisions based on the data you’re getting from these different platforms and from consumer engagement”) Avant, c’était manuel et lent. Avec l’IA, c’est instantané.

Le risque ? Créer une boucle de feedback trop serrée. L’algorithme favorise ce qui performe. Ce qui performe obtient plus de visibilité. Ce qui a plus de visibilité performe encore mieux. On se retrouve avec une spirale où seuls les contenus déjà populaires survivent. C’est exactement ce qu’on voit sur YouTube : les algorithmes créent des marchés dominés par quelques gagnants, où 1% des créateurs captent 90% des vues. Si les chaînes FAST suivent le même pattern, on tue la diversité qui faisait leur force initiale.

Bhavesh Upadhyaya, expert SVTA pour QoE, IA et opérations live, intervenu à Streaming Media 2025, nuance le tableau. Selon lui, l’IA dans le streaming live ne remplace pas les équipes humaines mais leur permet “d’avancer à vitesse d’entreprise” (“move at enterprise velocity”) — notamment via la génération automatique de clips et extraits pour les réseaux sociaux à partir d’événements en direct. L’humain reste essentiel pour valider, contextualiser, affiner. C’est vrai en théorie. En pratique, la pression économique pousse à automatiser au maximum. Chaque validation humaine coûte du temps, donc de l’argent.

Upadhyaya ajoute : “À mesure que l’automatisation et la capture de performance en temps réel progressent, nous verrons le streaming live évoluer d’un modèle broadcast vers des expériences véritablement interactives qui mélangent narration, jeu et participation du public.” (“As automation and real-time performance capture advance, we’ll see live streaming evolve from a broadcast model to truly interactive experiences that blend storytelling, gaming, and audience participation”) C’est une vision intéressante, mais elle suppose que l’IA serve l’expérience utilisateur, pas juste la monétisation. On n’y est pas encore.

L’automatisation IA dans les FAST channels suit un pattern qu’on connaît bien dans la tech : optimiser pour des métriques proxy (watch time, completion rate, CPM) qui ne capturent qu’une partie de la réalité. Netflix a longtemps optimisé pour le temps passé sur la plateforme, avant de réaliser que ça créait du contenu addictif mais pas satisfaisant. Résultat : ils ont ajusté leurs algorithmes pour favoriser la satisfaction à long terme. Les FAST channels n’en sont pas encore là. Ils optimisent pour la pub, point.

Cette automatisation généralisée rappelle ce qu’on observait dans Streaming Radar #24 : la tech avance plus vite que nos capacités de contrôle et de mesure. L’IA de scheduling évolue à vitesse grand V, mais les garde-fous éthiques et business ne suivent pas. On automatise avant de comprendre pleinement les implications.

Conclusion : entre La Quatrième Dimension et réalité opérationnelle

L’automatisation des chaînes FAST marque un tournant décisif dans l’industrie du streaming. Sur le plan technique, l’IA passe du stade expérimental à l’industrialisation massive. Frequency construit des chaînes autonomes qui se reprogramment en temps réel, OTT Studio a divisé par dix le temps de création de grilles grâce à Amagi Smart Scheduler, Chillfree TV devient la première plateforme entièrement bâtie par IA. Ce n’est plus de la R&D, c’est opérationnel.

Sur le plan business, la pression est maximale. Dan Rayburn révèle que 90% du visionnage FAST se concentre sur 10% des chaînes, et avec une consolidation brutale du marché (STIRR -49% de chaînes, ViX -34% entre 2023-2024), seules les chaînes ultra-optimisées survivront. L’IA devient alors un outil de survie darwinien : maximiser les CPM, minimiser les coûts opérationnels, éliminer tout ce qui ne performe pas.

Mais cette automatisation pose des questions fondamentales. Qui contrôle vraiment ces systèmes ? Si l’IA optimise uniquement pour la monétisation, on risque d’homogénéiser le contenu, de tuer la diversité, et de recréer les mêmes goulots d’étranglement que la TV linéaire traditionnelle qu’on voulait dépasser. Comme l’expliquait Streaming Radar #24, la plateforme est devenue le produit. Avec l’IA, l’algorithme devient le programmateur. Les humains, eux, glissent vers des rôles de supervision et de validation.

Le streaming n’est plus seulement une question d’infrastructure technique (encoder, délivrer, mesurer). C’est devenu une bataille d’algorithmes, de données, et d’automatisation. Ceux qui maîtrisent à la fois l’IA et la compréhension des audiences seront les gagnants. Les autres, comme dans “L’Homme obsolète”, deviendront optionnels.

Bienvenue dans La Quatrième Dimension des chaînes FAST. Une dimension où les chaînes pensent toutes seules, où l’IA décide ce que vous regardez, et où la frontière entre assistant et maître devient floue. Rod Serling aurait adoré.

Newsletter :

Contact : contact@streaming-radar.com



This is a public episode. If you would like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit streamingradar.substack.com