Mission encre noire Tome 36, Chapitre 394. Niagara par Catherine Mavrikakis paru en 2022 aux éditions Héliotrope. Ici nous sommes en présence de la voix de la narratrice au pied des célèbres chutes, l'eau et ses remous se déchaînent. Elle guette encore au bord du parapet l’apparition improbable de la silhouette fantomatique de sa mère, morte depuis belle lurette, dérivant au long des rives des grands fleuves du continent américain. Car voilà, ce deuil, éveille en elle, un rêve insensé, que ce soit à partir des photos de son enfance, lors d’une première visite à Niagara en 1964, ou bien à la suite d'une citation de marguerite Duras, la narratrice voit encore et encore, le corps aimant disparaître sous les écumes et rejoindre les berges du Mississippi. Marquée par le séisme provoqué par cette perte, elle y puise une inspiration inédite, qui, sur le modèle de François-René de Châteaubriant, ou est-ce peut-être Flaubert, Mallarmé ou même Jeff Buckley et bien d’autres, lui permet d’élaborer de véritables Mémoires d’outre-tombe. Se dessine, alors, sous la plume espiègle et badine de l’autrice, un portrait tout aussi jouissif que douloureux, de ce qui fonde, il faut bien se l’avouer, un héritage littéraire. Plouf, donc, sillonnant le territoire nord américain des songes, Catherine Mavrikakis s’amuse à dégringoler ces chutes, car c’est à Niagara qu’elle contracté la maladie de la mort. De quoi s’agit-il au juste? J’accueille, ce soir, à Mission encre noire, Catherine Mavrikakis.
Extrait:« Nous vivions à l'époque où les chutes pleuraient pour la planète, elles éclaboussaient de leurs larmes les berges. Elles aspergeaient les terres autochtones de leur propre douleur. Les chutes sanglotaient et plus personne n'allait les voir. On disait qu'elles rendaient malades. Leur beauté inquiète provoquaient un syndrome, celui de Niagara, qui fait l'objet de ce récit. Ceux et celles qui étaient contaminés par la magnificence du lieu prenaient conscience de la violence du temps qui passe. Pour ce virus, on n'a toujours pas mis au point de vaccin. Certaines créatures, sans que l'on comprenne pourquoi, le chopent à répétition. Les scientifiques s'interrogent. On chute, on chute...et on fait des rechutes...Je ne le sais que trop. C'est à Niagara que j'ai contracté à trois ans la maladie de la mort et je ne m'en suis jamais remise.»
La scoliose des pommiers par Anthony Lacroix paru en 2022 aux éditions de la maison en feu. «Si vous ne comprenez rien à ce livre/oubliez-le/dans la salle d’attente d’une forêt». C'est un avertissement donné en en-tête du recueil de poésie qui interpelle, alors que le poète ajoute également en quatrième de couverture «je ne sais pas être poli autrement qu’avec les animaux sauvages». La scoliose des pommiers est un premier recueil de poésie écrit sur deux ans entre une période de pandémie et une autre de convalescence. On y parle d’angoisse, de mélancolie, de baseball, de botanique, de mauvaises herbes, de la fébrilité des os ou d’hôpital. Dans cette ville froide, où les culs-de-sac aboutissent à une usine, le corps est en lutte contre la maladie, l’assignation à résidence, l’ordinaire de la vie. Le poète attends l’étincelle qui le fera tomber amoureux d’une fleur qui ne soit pas issue de ses veines. Si Mission encre noire prend des allures de terrain de baseball, ce soir, prenons une marche jusqu’au stade, j’accueille un sérieux candidat au pitch, Anthony Lacroix est mon invité.
Extrait:« encore cette nuit/deux triangles prenaient ma carotide en orage/pour ne pas te réveiller/j'ai prononcé mes doléances à voix basse/mais la sueur de mon dos/en a gardé les marques.
Si je pouvais/j'abreuverais mes plantes trois fois/par jour/mais je n'ai aucun talent/quand il s'agit de confiner l'électricité statique/et ce qui pousse sur mes bras/ne ressemble en rien/aux réponses que tu cherches.»